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Les Trophées - José-Maria de Heredia

 
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Tybalt



Inscrit le: 19 Mar 2007
Messages: 1035
Localisation: Paris

MessagePosté le: Mar Juil 03, 2012 8:41 pm    Sujet du message: Les Trophées - José-Maria de Heredia Répondre en citant

Les Trophées de Heredia, c'est un recueil paru en 1893 et qui a aussitôt remporté un grand succès critique. C'est l'un des chefs-d'oeuvre du courant poétique dit du Parnasse, avec les Poèmes antiques de Leconte de Lisle. Tout dépend si vous aimez le Parnasse ou pas.

Ce sont des sonnets (il y a quelques poèmes plus longs, mais la grande majorité sont des sonnets) sur des sujets tirés de la mythologie ou de l'histoire antique ou médiévale. Dans l'ordre, les différentes parties ont pour titres : La Grèce et la Sicile ; Rome et les barbares ; Le Moyen-Âge et la Renaissance ; L'Orient et les Tropiques ; La Nature et le Rêve ; Romencero [la geste du Cid, donc] ; Les Conquérants de l'or.
Ce n'est pas vraiment du romantisme à la Hugo, attention : ça tient plus de l'académisme, beau et travaillé mais élégant comme du marbre et pas autrement. C'est documenté, carré, bien fait, les rimes sont riches, les derniers vers ménagent toujours des chutes et des surprises. Le tout en alexandrins - l'impair de Verlaine, ce n'était pas leur genre, au Parnasse.

Le recueil, libre de droit, est trouvable sur Internet, par exemple sur Wikisource, et aussi dans toutes sortes d'éditions en poche bien faites.


Comme d'habitude, quelques exemples seront plus parlants. Ça commence comme ça :


L’OUBLI


Le temple est en ruine au haut du promontoire.
Et la Mort a mêlé, dans ce fauve terrain,
Les Déesses de marbre et les Héros d’airain
Dont l’herbe solitaire ensevelit la gloire.

Seul, parfois, un bouvier menant ses buffles boire,
De sa conque où soupire un antique refrain
Emplissant le ciel calme et l’horizon marin,
Sur l’azur infini dresse sa forme noire.

La Terre maternelle et douce aux anciens Dieux,
Fait à chaque printemps, vainement éloquente.
Au chapiteau brisé verdir une autre acanthe ;

Mais l’Homme indifférent au rêve des aïeux
Écoute sans frémir, du fond des nuits sereines,
La Mer qui se lamente en pleurant les Sirènes.


Exemples de sujets mythologiques :


ANDROMEDE AU MONSTRE


La Vierge Céphéenne, hélas ! encor vivante,
Liée, échevelée, au roc des noirs îlots,
Se lamente en tordant avec de vains sanglots
Sa chair royale où court un frisson d’épouvante.

L’Océan monstrueux que la tempête évente
Crache à ses pieds glacés l’âcre bave des flots,
Et partout elle voit, à travers ses cils clos,
Bâiller la gueule glauque, innombrable et mouvante.

Tel qu’un éclat de foudre en un ciel sans éclair,
Tout à coup, retentit un hennissement clair.
Ses yeux s’ouvrent. L’horreur les emplit, et l’extase ;

Car elle a vu, d’un vol vertigineux et sûr,
Se cabrant sous le poids du fils de Zeus, Pégase
Allonger sur la mer sa grande ombre d’azur.


PERSEE ET ANDROMEDE


Au milieu de l’écume arrêtant son essor,
Le Cavalier vainqueur du monstre et de Méduse,
Ruisselant d’une bave horrible où le sang fuse,
Emporte entre ses bras la vierge aux cheveux d’or.

Sur l’étalon divin, frère de Chrysaor,
Qui piaffe dans la mer et hennit et refuse,
Il a posé l’Amante éperdue et confuse
Qui lui rit et l’étreint et qui sanglote encor.

Il l’embrasse. La houle enveloppe leur groupe.
Elle, d’un faible effort, ramène sur la croupe
Ses beaux pieds qu’en fuyant baise un flot vagabond ;

Mais Pégase irrité par le fouet de la lame,
À l’appel du Héros s’enlevant d’un seul bond,
Bat le ciel ébloui de ses ailes de flamme.


Exemple dans "Rome et les barbares" :


APRES CANNES


Un des consuls tué, l’autre fuit vers Linterne
Ou Venuse. L’Aufide a débordé, trop plein
De morts et d’armes. La foudre au Capitolin
Tombe, le bronze sue et le ciel rouge est terne.

En vain le Grand Pontife a fait un lectisterne
Et consulté deux fois l’oracle sibyllin ;
D’un long sanglot l’aïeul, la veuve, l’orphelin
Emplissent Rome en deuil que la terreur consterne.

Et chaque soir la foule allait aux aqueducs,
Plèbe, esclaves, enfants, femmes, vieillards caducs
Et tout ce que vomit Subure et l’ergastule ;

Tous anxieux de voir surgir, au dos vermeil
Des monts Sabins où luit l’œil sanglant du soleil,
Le Chef borgne monté sur l’éléphant Gétule.


Exemple dans "Le Moyen-Âge et la Renaissance" :


L'EPEE

Crois-moi, pieux enfant, suis l’antique chemin.
L’épée aux quillons droits d’où part la branche torse,
Au poing d’un gentilhomme ardent et plein de force
Est un faix plus léger qu’un rituel romain.

Prends-la. L’Hercule d’or qui tiédit dans ta main,
Aux doigts de tes aïeux ayant poli son torse,
Gonfle plus fièrement, sous la splendide écorce,
Les beaux muscles de fer de son corps surhumain.

Brandis-la ! L’acier souple en bouquets d’étincelles
Pétille. Elle est solide, et sa lame est de celles
Qui font courir au cœur un orgueilleux frisson ;

Car elle porte au creux de sa brillante gorge,
Comme une noble Dame un joyau, le poinçon
De Julian del Rey, le prince de la forge.


Exemple dans "L'Orient et les Tropiques" :


LE RECIF DE CORAIL


Le soleil sous la mer, mystérieuse aurore,
Éclaire la forêt des coraux abyssins
Qui mêle, aux profondeurs de ses tièdes bassins,
La bête épanouie et la vivante flore.

Et tout ce que le sel ou l’iode colore,
Mousse, algue chevelue, anémones, oursins,
Couvre de pourpre sombre, en somptueux dessins,
Le fond vermiculé du pâle madrépore.

De sa splendide écaille éteignant les émaux,
Un grand poisson navigue à travers les rameaux ;
Dans l’ombre transparente indolemment il rôde ;

Et, brusquement, d’un coup de sa nageoire en feu,
Il fait, par le cristal morne, immobile et bleu,
Courir un frisson d’or, de nacre et d’émeraude.
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Outremer



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Messages: 824
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MessagePosté le: Mar Juil 03, 2012 10:24 pm    Sujet du message: Répondre en citant

J'aime bien "Le récif de corail", mais les autres ne me séduisent pas vraiment. Ces sujets mythologiques et historiques sont trop académiques à mon goût.

L'une des rares poésies que je connaisse par coeur est pourtant de Hérédia. C'est peut-être sa création la plus connue :

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal,
Fatigués de porter leurs misères hautaine,
De Palos de Moguer, routiers et capitaines
Partaient, ivres d'un rêve héroïque et brutal.

Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines
Et les vents alizés inclinaient leurs antennes
Au bord mystérieux du monde occidental.

Le soir, rêvant de lendemains épiques,
L'azur phosphorescent de la mer des tropiques
Enchantait leur sommeil de mirages dorés

Ou, penchés à l'avant des blanches caravelles,
Ils regardaient monter en un ciel ignoré
Du fond de l'océan des étoiles nouvelles.
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Lisbeï



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MessagePosté le: Mer Juil 04, 2012 7:09 am    Sujet du message: Répondre en citant

Absolument ! Je m'étonne, d'ailleurs, que tu ne l'aies pas cité, Tybalt, étant donné que T. Rey y fait référence explicitement dans son dernier recueil (Dans la forêt des astres contient une nouvelle intitulée "Comme un vol de gerfauts") !

En ce qui me concerne, j'avais beaucoup aimé La bataille de Cannes, dans mon très jeune temps, et j'ai téléchargé le recueil sur ma liseuse, mais si je reconnais la perfection berceuse et inventive de ses alexandrins, j'avoue qu'il me touche peu, surtout depuis que j'ai perdu le goût de la déclamation. Plus que d'autres encore, ce sont des vers faits pour être lus à haute voix. Ou écoutés.
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Tybalt



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MessagePosté le: Mer Juil 04, 2012 10:36 am    Sujet du message: Répondre en citant

Lisbeï a écrit:
Absolument ! Je m'étonne, d'ailleurs, que tu ne l'aies pas cité, Tybalt, étant donné que T. Rey y fait référence explicitement dans son dernier recueil (Dans la forêt des astres contient une nouvelle intitulée "Comme un vol de gerfauts") !


J'avais déjà cité plein de sonnets et j'avais peur qu'on me tape sur les doigts si mon message était vraiment trop long *Embarassed*

Je dois dire que je suis moi aussi moins sensible qu'avant à ces poèmes : ils sont bien faits, il n'y a rien à dire, mais ce sont souvent des "beautés glacées" (un peu comme les Emaux et camées de Théophile Gautier). Et les moins réussis sentent un peu l'huile de lampe, quand même. Mais Heredia a parfois de vrais bonheurs, dans certains vers ou séquences, et dans des poèmes comme "Le récif de corail", "La sieste" ou d'autres.

Il faut dire aussi que je n'ai cité que ses plus connus, qui parlent de batailles et de choses majestueuses, mais il y a toute une partie du recueil qui se base aussi sur la bucolique et la pastorale, ou bien sur des scènes du quotidien, voire sur des inscriptions ou des grafitis antiques... et Heredia sait aussi avoir de l'humour, même si ces poèmes sont sans doute les moins connus du recueil. Il y a par exemple la série des quatre "Hortorum deus" (le "dieu des jardins", c'est-à-dire le Priape qu'on sculptait pour garder les cultures contre les voleurs) :


Ecce villicus
Venit...
CATULLE.

Holà, maudits enfants ! Gare au piège, à la trappe,
Au chien ! je ne veux plus, moi qui garde ce lieu,
Qu’on vienne, sous couleur d’y quérir un caïeu
D’ail, piller mes fruitiers et grappiller ma grappe.

D’ailleurs, là-bas, du fond des chaumes qu’il étrape,
Le colon vous épie, et, s’il vient, par mon pieu !
Vos reins sauront alors tout ce que pèse un Dieu
De bois dur emmanché d’un bras d’homme qui frappe.

Vite, prenez la sente à gauche, suivez-la
Jusqu’au bout de la haie où croît ce hêtre, et là
Profitez de l’avis qu’on vous glisse à l’oreille :

Un négligent Priape habite au clos voisin ;
D’ici, vous pouvez voir les piliers de sa treille
Où sous l’ombre du pampre a rougi le raisin.


C'est tout de même plus animé. Il y a aussi le Samouraï, qui, sans donner dans la satire, est plus souriant que l'imperator très sérieux de Soir de bataille :


LE SAMOURAÏ


D’un doigt distrait frôlant la sonore bîva,
À travers les bambous tressés en fine latte,
Elle a vu, par la plage éblouissante et plate,
S’avancer le vainqueur que son amour rêva.

C’est lui. Sabres au flanc, l’éventail haut, il va.
La cordelière rouge et le gland écarlate
Coupent l’armure sombre, et, sur l’épaule, éclate
Le blason de Hizen ou de Tokungawa.

Ce beau guerrier vêtu de lames et de plaques,
Sous le bronze, la soie et les brillantes laques,
Semble un crustacé noir, gigantesque et vermeil.

Il l’a vue. Il sourit dans la barbe du masque,
Et son pas plus hâtif fait reluire au soleil
Les deux antennes d’or qui tremblent à son casque.
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Lisbeï



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MessagePosté le: Mer Juil 04, 2012 11:41 am    Sujet du message: Répondre en citant

Ah sympa, en effet. Osé par endroits, mais sympa :-D.

Et c'est vrai aussi qu'il y a dans ces sonnets des trouvailles fort belles qui m'ont bien fait rêver (cette image de la "mer immense où fuyaient des galères" dans les yeux de Cléopêtre, ou "Le piétinement sourd des légions en marche")
_________________
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