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Blake et Mortimer - E.P. Jacobs et ses successeurs

 
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Tybalt



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MessagePosté le: Mar Nov 14, 2017 11:17 pm    Sujet du message: Blake et Mortimer - E.P. Jacobs et ses successeurs Répondre en citant



Aussi étonnant que cela paraisse, je n'ai encore trouvé aucun sujet sur ce grand classique de la BD franco-belge avec addition de flegme britannique. Blake et Mortimer vaut pourtant largement le détour, au moins pour les albums d'E.P. Jacobs, qui sont de petits bijoux de science-fiction et de fantastique au scénario aussi fouillé que des romans et au dessin détaillé tout en restant dynamique.

La série originale par E.P. Jacobs :

Les trois premiers albums, avec leur Troisième Guerre mondiale impliquant un empereur tibétain fou, ont peut-être un brin vieilli, tout en conservant un souffle épique et un charme de vieux film de guerre. On y découvre les trois principaux personnages : Francis Blake, agent secret du MI6 britannique ; Philip Mortimer, chercheur passionné et curieux de tout ; et leur némésis incontournable et récurrente, Olrik !

On peut pourtant découvrir la série par l'intermédiaire d'à peu près n'importe lequel de ses albums (à l'exception de deux qui forment des diptyques ou des triptyques). Personnellement, je l'avais découvert avec Le Piège diabolique, une histoire de voyage dans le temps très inquiétante par les époques qu'elle fait découvrir (surtout le futur, qui n'a rien à envier à 1984 : j'avais été marqué par les paysages de ruines souterraines glaçantes avec leurs graffitis de résistance bourrés de fautes d'orthographe... c'est peut-être pour ça que je n'ai jamais vraiment apprécié le langage sms des années 2000, dont l'écriture phonétique me les rappelait trop !).

Cela dit, Le Piège diabolique forme d'une certaine façon une "suite" de S.O.S. Météores, sans que sa lecture soit indispensable pour comprendre Le Piège... J'ai donc lu ensuite SOS Météores, qui tient plus de l'enquête policière mâtinée de film-catastrophe que de la SF à grand spectacle comme Le Piège diabolique.

J'ai alors opté pour un album au thème franchement SF/pulp : L'Enigme de l'Atlantide, et je n'ai pas été déçu : paysages exotiques, technologies étranges et combinaisons au look vintage garantissent le dépaysement.

Il était temps de passer à l'un des albums les plus connus de la série : La Marque jaune, avec son criminel invulnérable doté de pouvoirs mystérieux. Là encore, c'est un mélange particulier entre le policier et le film d'action de science-fiction. Le tome est particulièrement dense en texte, ce qui a déplu à certaines personnes de mon entourage, mais le scénario est bien ficelé et je ne peux que le recommander quand même.

L'Affaire du collier, de son côté, tient purement du policier, mais les amateurs du genre ne peuvent qu'être à la fête en découvrant le soin mis par E.P. Jacobs à se documenter sur les lieux où se déroule l'action : Paris, comme dans SOS Météores (lui aussi très documenté).

Curieusement, bien que je sois un grand amateur d'Antiquité, j'ai été moins marqué par Le Mystère de la grand pyramide, que j'ai découvert beaucoup plus tard et que j'ai lu dans de moins bonnes conditions, peut-être. C'est pourtant un beau mystère archéologique, si bien renseigné sur la pyramide de Khéops qu'on s'est rendu compte plus tard que certaines hypothèses d'E.P. Jacobs étaient de réelles intuitions archéologiques sur la configuration de la pyramide !

Les Trois Formules du professeur Satō reviennent à une SF plus spectaculaire, mais là encore je ne les ai pas lus dans de bonnes conditions et en ai gardé un souvenir moins marquant. Ils sont pourtant assez bien faits, sans que le tome 2, scénarisé par Bob de Moor après la mort de Jacobs, atteigne le niveau des scénarios habituels d'E.P. Jacobs.

Les continuateurs après la mort d'E.P. Jacobs :

Parmi les tomes publiés par les continuateurs de la série après la mort d'E.P. Jacobs :

- Je n'ai toujours pas lu en entier L'Affaire Francis Blake, mais j'en avais lu des extraits prépubliés dans la presse et ils m'avaient l'air très bien ficelés en termes de scénario (il faut dire que c'est du Van Hamme).

- La Machination Voronov a été le premier "nouveau Blake et Mortimer" que j'ai lu. Un polar teinté de SF en URSS, extrêmement dense en écrits, mais assez fidèle à l'esprit de la série d'origine, peut-être juste un peu trop scolaire dans son approche du contexte historique (alors qu'E.P. Jacobs ajoute en général un tout petit peu plus de pulp). Une réussite à mon avis, tout de même !

- L'Etrange rendez-vous : je l'ai lu tout récemment et, si j'ai apprécié le thème traité (les OVNI), j'ai été un peu déçu par certains choix scénaristiques qui m'ont paru franchement tirés par les cheveux et sans intérêt.

Spoiler:

A quoi bon faire revenir l'empereur tibétain fou du Secret de l'Espadon alors que ça a l'air vraiment très, très tiré par les cheveux dans l'intrigue, que ça paraît complètement invraisemblable et que ça n'apporte rien du tout à l'histoire de l'album ? *Sad*



- Les Sarcophages du 6e continent : je me souviens de ne pas avoir tellement aimé ce début de diptyque. Peut-être parce qu'il s'efforce d'expliquer trop d'éléments à la fois importants et dispensables (comment Blake et Mortimer se sont rencontrés, par exemple) et parce que le scénario avait l'air de partir un peu trop dans tous les sens à la fin... Il faudrait que je le relise pour revoir ça.

Je n'ai pas lu les albums plus récents, en revanche (Le Sanctuaire du Gondwana, La Malédiction des trente deniers, Le Serment des cinq Lords, L'Onde Septimus, Le Bâton de Plutarque, Le Testament de William S.) et je ne sais pas ce qu'ils valent.

Et vous, que pensez-vous de cette série ? Lesquels avez-vous lus et (plus ou moins) appréciés ?
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Soleil*
Super Nov-A


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MessagePosté le: Mer Nov 15, 2017 8:47 am    Sujet du message: Répondre en citant

J'en ai lu quelques uns qui ne m'ont laissé aucun souvenir. Il me semble que sur le coup je ne les avais pas appréciés plus que ça.
De mémoire, il me semble qu'il y avait trop de blabla par rapport aux dessins, mais je peux confondre avec une autre série.
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Il s’évanouit tout doucement à commencer par le bout de la queue,
et finissant par sa grimace qui demeura quelque temps après que le reste fut disparu.
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Jaipadepseudo
Barbatruc


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MessagePosté le: Mar Nov 28, 2017 8:51 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Il est vrai qu'il y a beaucoup à lire dans les albums de Blake et Mortimer, cela refroidit souvent les plus jeunes lecteurs ( si on y ajoute un dessin tout de même particulièrement daté). Je suis très souvent d'accord avec toi Tybalt, particulièrement pour le Piège Diabolique. L'Affaire Francis Blake est une vraie réussite, je n'ai pas lu les albums les plus récents, mais la relecture de ceux que j'ai en ma possession et ta présentation me motivent pour pallier ce manque.
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Jaipadepseudo
Barbatruc


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MessagePosté le: Mar Nov 28, 2017 8:54 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Et n'hésitez pas à répondre au sondage!!!
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Tybalt



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MessagePosté le: Dim Jan 07, 2018 3:03 pm    Sujet du message: Répondre en citant



J'ai lu l'autre jour Le Testament de William S., scénarisé par Yves Sente, dessiné par André Juillard et mis en couleur par Madeleine de Mille. Il est meilleur que ce que j'en espérais.

Je craignais le pire au niveau du scénario, Sente ayant commis des scénarios infâmes pour la série Thorgal il y a quelques années. Il faut avouer qu'il est bien plus à l'aise ici et signe une intrigue dense, resserrée, pas mal ficelée du tout, même si elle est à conseiller aux amoureux de la littérature, car c'est une énigme avant tout littéraire, aussi bien dans ses enjeux que dans ses développements : pas de surnaturel ici, seulement du mystère historique.

Cette fois-ci, en effet, Blake et Mortimer se trouvent confrontés à la découverte d'un document inédit de Shakespeare à Venise, qui contient une pièce inédite et aussi (et surtout) un récit d'un certain Guillermo De Spiri contenant des révélations sur l'identité et la vie de Shakespeare ainsi que sur la façon dont il a composé ses oeuvres. Or la question de la paternité des oeuvres de Shakespeare est un sujet plus que sensible au Royaume-Uni : elle cause des controverses anciennes et très vives, avec deux positions incompatibles en présence (les uns soutenant que Shakespeare est bien l'auteur de ses pièces, les autres qu'il n'était que le prête-nom d'un noble). A tel point qu'au XIXe siècle, pour faire cesser les duels d'honneur absurdes et meurtriers entre universitaires, un riche noble britannique a passé un pacte avec les deux grandes sociétés savantes du pays qui rivalisent sur ce sujet. En échange de la paix, il a promis une riche récompense à qui apportera une preuve définitive sur la paternité des oeuvres de Shakespeare. Il y a donc des enjeux savants et des enjeux de fierté, mais aussi un enjeu financier notable...

Sente s'en sort bien, je trouve, mais j'ai été bon public, puisque ce type de question savante m'intéresse beaucoup. Son scénario est bien ficelé, complexe tout en restant clair, ce qui n'était pas évident. On pourra lui reprocher des détours un peu trop contournés par endroits. J'ai apprécié le fait que plusieurs personnages féminins sont mis en valeur, rompant avec la société presque exclusivement masculine des albums de Jacobs (un aspect déjà bien retravaillé par les précédents continuateurs).

Du côté du dessin, Juillard a un trait trop fin et purement "ligne claire" à mon sens par rapport à Jacobs, d'où des cases parfois trop plates et dépourvues d'ombres. Les décors complexes et les scènes foisonnantes lui réussissent mieux, car elles sont l'occasion pour lui de montrer son art du détail.
La mise en couleurs par Madeleine de Mille m'a paru quant à elle sans défaut, avec de belles ambiances et de nombreux détails.

Les amateurs de surnaturel resteront sans doute sur leur faim, de même que ceux qui voudraient plus d'action (même s'il y en a quand même), mais je trouve tout de même que l'univers des deux héros est bien respecté.


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Tybalt



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MessagePosté le: Sam Nov 17, 2018 4:26 pm    Sujet du message: Répondre en citant



J'ai enfin lu L'Affaire Francis Blake, le tout premier album à avoir été conçu après la mort d'E.P. Jacobs. C'est un thriller d'espionnage ouvertement inspiré par Hitchcock, sans élément surnaturel ou de science-fiction.

Ce qui frappe avant tout, c'est la qualité du dessin et le respect de la proportion de texte et d'images propre à Jacobs, ce côté parfois "roman dessiné" si particulier qui ne la rend pas toujours facile d'accès, mais qui lui donne un charme unique à mes yeux une fois qu'on a fait l'effort de se plonger dedans. Ted Benoit a réalisé un gros travail pour l'album : outre les personnages parfaitement reconnaissables, on a droit à des décors magnifiques, détaillés et surtout précisément situés dans le monde réel, à Londres et dans la campagne anglaise, dans la plus pure tradition jacobienne de la documentation préparatoire abondante sur le cadre géographique des aventures des deux héros. On reconnaît aussi sans peine l'appartement de Mortimer avec ses objets archéologiques, le Centaur Club... bref, tout y est pour replonger dans l'univers de la BD.

Le scénario de Jean Van Hamme est classique mais bien ficelé. Il se concentre sur le trio fondateur de la série : Blake, Mortimer et Olric. Blake et l'Intelligence Service sont placés dans une position délicate par l'existence d'une "taupe", un espion qui divulgue leurs plans aux criminels qu'ils tentent de poursuivre. Très vite, une preuve est apportée que cette taupe n'est autre que Blake. Blake s'enfuit, Mortimer reste convaincu qu'il n'a pas trahi la Couronne, et une course-poursuite s'engage, qui sous-tend le scénario du début à la fin.
Les personnages sont remarquablement respectés, là encore. Les amateurs de Van Hamme reconnaîtront sans peine ses dadas scénaristiques habituels, souvent utilisés dans Largo Winch ou XIII, notamment sur l'adversaire infiltré parmi les "gentils" depuis le début. L'intrigue est dense, riche en rebondissements et elle tient assez bien debout, même si un ou deux détails peuvent faire tiquer avec le recul.

Spoiler:

Olric qui veut obliger Blake à tuer son collègue et ami agent secret, mais qui les laisse seuls ensemble dans la cellule, ce qui leur permet forcément de mettre en place une ruse.
Blake qui, à un moment donné, tient enfin Olric, mais l'enferme vaguement dans la cave (et pouf, l'autre se libère en cinq minutes). Ahem.
Le coup très (trop) classique du héros coincé sur une falaise qui découvre une grotte et, oh, c'est en fait un tunnel très pratique qui conduit tout droit à une base secrète des méchants.



Détail non négligeable, ce scénario est le premier à faire intervenir un personnage féminin significatif dans un Blake et Mortimer. Les lois encadrant les publications pour la jeunesse ont bien changé depuis les débuts de la série, l'esprit du temps aussi, et le manque de personnages féminins consistants dans la série commençait à devenir criant. Van Hamme s'en sort bien dans ce domaine : Virginia est assez bien développée pour avoir sa propre importance en éclipsant un peu Mortimer pendant un moment, avant que ce dernier ne revienne sur le devant de la scène dans la suite de l'album. Le tout est très cohérent avec l'univers de la série et des années 1950. Seul petit détail qui m'a un brin agacé :

Spoiler:

Il fallait bien entendu qu'elle soit désespérément amoureuse de Blake. Ce n'est dit que par allusion, mais ce type de personnage secondaire féminin discrètement et désespérément amoureuse d'un des héros est un tic de Van Hamme un peu facile et qui revient trop souvent (dans XIII en particulier ; au moins, ici, le personnage en question ne se fait pas dézinguer dès la scène suivante).



Cela dit, je n'ai pas boudé mon plaisir, d'autant qu'Olric donne pas mal de fil à retordre aux héros. On peut éventuellement être gêné par l'aspect très référentiel de l'album, dont pas mal de ressorts sont empruntés au film Les 39 marches d'Hitchcock, tandis que certains détails semblent directement des références à Tintin (un certain hydravion, notamment). Comme je ne connaissais pas bien le film d'Hitchcock, ça ne m'a pas trop gêné.
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Tybalt



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MessagePosté le: Sam Déc 22, 2018 8:53 pm    Sujet du message: Répondre en citant



Lu Le Serment des cinq Lords, d'Yves Sente (scénario) et André Juillard (dessin).

L'album commence par un prologue intrigant montrant le jeune Lawrence d'Arabie confronté à la perte d'une valise qui contenait le manuscrit de son livre tout juste terminé, puis soumis à un tête à tête avec un ancien collègue qui lui explique que la valise lui a en réalité été confisquée pour l'empêcher de publier son livre, jugé trop critique envers l'empire britannique. Lawrence va devoir se censurer pour pouvoir publier quelque chose.
Après cette entrée en matière prometteuse et une ellipse de 35 ans, nous retrouvons nos deux héros à Oxford où Mortimer a été inventé à l'Ashmolean Museum. Le musée fait face à une série de vols mystérieux et en apparence déroutants, commis par un individu insaisissable. Mortimer fait bientôt appel à Blake, qui vient d'assister aux funérailles de Lord Pitchwick, un ancien camarade d'études qu'il avait connu à Oxford. Naturellement, les deux faits vont bientôt se trouver reliés à mesure que les vols continuent et se doublent d'une série de meurtres, sans laisser une minute de répit aux deux héros. Blake se trouve impliqué dans l'affaire plus qu'il ne voudrait, puisqu'il connaît toutes les victimes et la raison probable pour lesquelles le meurtrier s'acharne contre elles.

Sente signe ici une enquête haletante et pas mal ficelée. Comme dans La Marque jaune, les deux héros ont affaire à un individu mystérieux aux capacités étonnantes qui n'a de cesse d'agir en prenant tout le monde de court et en les narguant au passage. Les rebondissements sont nombreux et les révélations se veulent surprenantes.
L'aspect le plus convaincant de l'album à mes yeux est la façon dont il lie l'histoire de l'empire britannique à l'histoire personnelles des deux héros, en particulier Blake sur la jeunesse duquel nous apprenons beaucoup. Les innovations de Sente sur ce plan sont assez crédibles et cadrent très bien avec la personnalité de Blake tel qu'il apparaissait chez Jacobs, avec son mélange particulier d'esprit militaire, de culture vaste et de sens du devoir indéfectible. Le personnage gagne indéniablement en profondeur et en intérêt après cet album, et ce n'est pas un petit accomplissement.
Cependant, d'autres aspects de l'album m'ont moins convaincu. Si les rebondissements sont légion, certaines ficelles et quelques indices volontairement glissés dans les cases n'échapperont pas aux yeux des lecteurs de romans ou de BD policières un tant soit peu habitués aux petits trucs propres au genre. L'avantage est que l'album se montre honnête : pas d'information surgie de nulle part, pas de grand récit convoquant toutes sortes d'aspects inconnus des lecteurs pour dévoiler le coupable comme dans les romans d'Agatha Christie. Ici, si on lit attentivement, il est possible de deviner l'identité du coupable avant la révélation finale. Des lecteurs aguerris risquent en revanche d'éventer assez vite le mystère et de comprendre où Sente veut en venir. L'album garde-t-il un intérêt suffisant une fois la surprise levée ? Moyen.
Car Sente déploie tous ses efforts pour maintenir le suspense et la pression sur ses héros. Ces derniers ont affaire à très forte partie, ce qui fait que, dans la logique de la série, on s'attend à ce que le personnage capable de les tenir en échec si longtemps dispose de grandes qualités, d'une personnalité affirmée, d'une histoire hors du commun, voire de pouvoirs surnaturels. Or de ce point de vue, j'ai été déçu, au point de voir dans la réponse un problème de vraisemblance.

Spoiler:

Le personnage qui a été capable de commettre au moins quatre meurtres au nez de Blake et plusieurs vols à la barbe de Mortimer s'avère être quelqu'un dont les talents impressionnants pour la course, le saut, la cascade, le tir au pistolet, etc. ne sont jamais vraiment expliqués, alors qu'il accomplit parfois des prouesses à propos lesquelles le scénariste laisse quelquefois planer à dessein l'ambiguïté sur leur caractère naturel ou surnaturel. Certes, il y a somme toute non pas un seul adversaire, mais deux, dont un est présenté comme quelqu'un d'exceptionnel. Mais cela m'a laissé sur ma faim. A la limite, j'aurais préféré que ces personnages, ou au moins l'un d'entre eux, parvienne à s'échapper et devienne un adversaire récurrent potentiel des héros, ce qui lui aurait conféré une ampleur à la hauteur de ses capacités. Mais que Blake et Mortimer aient été à ce point tenus en échec par un personnage qui n'apparaît que de façon très ponctuelle et ne devient pas un "grand" méchant, cela ne cadre pas, à mon avis, et cela laisse l'impression qu'ils ont tous les deux été en-dessous de tout dans cet album. A vrai dire, on se demande un peu comment Blake ne se fait pas virer du MI-5 ou fortement rétrograder à l'issue de cette histoire !



Un dernier point qui m'a un peu laissé sceptique : l'impression que le scénario est inutilement retors et inutilement meurtrier, simplement pour justifier un dénouement que Sente devait avoir en tête depuis le début, quand on voit ce dont Blake devient le dépositaire à la fin de l'histoire. Or ce détail n'est pas si important, en tout cas pas dans la logique de la série. Tout ça pour ça, ça me semble un peu forcé. Il aurait mieux valu opter pour un dénouement un peu différent et ne pas tuer autant de monde sur le chemin, ce qui aurait aussi permis aux héros d'avoir l'air moins nuls.

Spoiler:

Toute l'intrigue semble faite pour permettre à Blake à la fois de rester "le dernier des cinq Lords" et de devenir l'unique dépositaire du manuscrit secret de Lawrence d'Arabie. Statuts flatteurs, certes, mais qu'il obtient en... échouant à protéger les quatre autres Lords, et en réussissant à survivre à un tueur en série qui s'attaque à tout le monde sauf à lui, je me demande bien pourquoi ! Bref, pas si bien ficelé que ça, et un brin gadget, quand même.



J'ai donc eu l'impression que Sente plaquait parfois des procédés issus d'une intrigue policière classique mais réussie à l'univers de Blake et Mortimer, en oubliant de respecter la stature et le niveau de talent qui sont normalement les leurs.

L'histoire reste cependant d'un niveau très honnête et peut plaire à un lectorat assez large, y compris aux gens qui n'apprécient pas les éléments de science-fiction ou de fantastique présents dans d'autres albums de la série.
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laplum



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MessagePosté le: Dim Déc 23, 2018 6:00 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Blake et Mortimer a été une fois un BD que j'ai beaucoup apprécié, mais avec le temps, je ne sais pas ce qui s'est passé mais j'ai laissé tomber et j'ai l'impression que je n'ai jamais lu les BDs, j'ai oublié leurs histoires
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Tybalt



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MessagePosté le: Dim Sep 01, 2019 1:29 pm    Sujet du message: Répondre en citant



Le Dernier Pharaon est un Blake et Mortimer hors série au sens où il s'écarte de la lignée graphique d'E.P. Jacobs et s'autorise une grande liberté scénaristique, hors de la continuité avec les autres albums. Le principe est simple : les éditions Blake et Mortimer ont donné carte blanche à François Schuiten pour élaborer un album. Le scénario est de Schuiten aussi, assisté de Jaco Van Dormael et Thomas Gunzig. Quant aux couleurs, elles sont de Laurent Durieux.

L'histoire en deux mots : elle se déroule pendant la vieillesse des deux héros, à une époque nettement plus récente que le reste de la série. Néanmoins, le scénario se raccorde en partie à une scène du Mystère de la Grande Pyramide où Blake et Mortimer ont oublié des événements sous l'influence d'un grand prêtre. Mortimer explore le palais de justice de Bruxelles en compagnie d'un collègue belge qui lui fait partager sa découverte : le bureau caché de Joseph Poelaert, architecte du palais, féru d'égyptologie, abrité lui-même une paroi d'où part un rayonnement magnétique intense. Mortimer et son collègue brisent le mur et déchaînent un rayonnement vert intense qui provoque une coupure de tous les systèmes électriques et électromagnétiques dans toute la ville. L'armée intervient, Bruxelles est évacuée et devient une ville morte.
Des années après, un Blake vieilli recontacte Mortimer, désormais à la retraite : l'armée a décidé de bombarder Bruxelles pour mettre fin au rayonnement. Blake envoie Mortimer en mission secrète, sans que l'armée soit au courant, pour tenter de découvrir la source du rayonnement et de résoudre le problème d'une manière moins risquée. Parachuté dans Bruxelles, Mortimer découvre une ville morte en apparence, parcourue par des phénomènes magnétiques et sismiques incontrôlables, mais où des Bruxellois s'obstinent à vivre encore...

Mon avis

Autant le dire tout de suite : rien que pour les dessins de Schuiten, ça vaut la peine. La rencontre entre la "patte" de Schuiten, dessinateur des Cités obscures, et l'univers de Blake et Mortimer, est une idée géniale tant les affinités sont grandes entre les univers de Schuiten et d'E. P. Jacobs. Lieux mystérieux, architectures cachées grandioses, science-fiction avec un zeste de rétrofuturisme : tout était réuni pour cette rencontre. J'appréhendais un peu la mise en couleurs, mais le travail de Laurent Durieux me paraît tout à fait convaincant.
Seul bémol sur le dessin : certaines cases manquent un peu de détails au sens où on y voit beaucoup de fonds "vides" plus ou mois "meublés" par des séries de lignes qui ont dû demander un travail fou et qui évoquent le rendu d'une gravure ancienne, mais qui auraient sans doute été plus adaptées à un dessin en noir et blanc et qui paraissent un peu vides en couleur.

Le scénario est... disons inattendu. Les Bruxellois seront à la fête puisque tout se passe là-bas : le palais de justice de Bruxelles est au coeur de l'album et rejoint l'imaginaire architectural de Schuiten, qui s'en donne à coeur joie tant pour les dessins que pour l'histoire : tout tourne autour du bâtiment mystérieux et de ce qui a bien pu s'y passer. Les points forts de l'histoire m'ont paru résider dans la mise en valeur de Bruxelles et du palais de justice et dans la création d'un lien inattendu avec Le Mystère de la Grande Pyramide. Le dernier point fort de l'histoire est son originalité : les scénaristes ont eu une liberté totale et il faut commencer la lecture de l'album en se disant bien que vraiment tout peut arriver.
Néanmoins, je suis resté à moitié convaincu par le scénario.
D'abord, si le lien avec l'Egypte ancienne est astucieusement amené, le "fond" de l'histoire en lien avec l'Egypte ancienne relève davantage d'un ésotérisme facile que de l'égyptologie véritable. Ce n'est pas que ça aurait été inconcevable sous la plume d'E.P. Jacobs, mais il aurait certainement utilisé davantage de documentation et insufflé plus de détails dans son scénario pour rendre le tout vraisemblable (comme dans ses albums sur l'Atlantide ou les manipulations de la météo). Or ce n'est pas le cas Le Dernier Pharaon, qui demande une solide suspension d'incrédulité à ses lecteurs.
Ensuite, autant les valeurs défendues par les auteurs - pacifisme, recherche d'une alternative aux modes de vie actuels - sont à saluer et n'ont rien perdu de leur actualité, l'engagement pour de bonnes causes est assené sans beaucoup de subtilité et d'une façon qui perd un peu de vue les nuances et l'intérêt de l'histoire proprement dite, du moins à mon avis. J'ai gardé l'impression que les héros s'agitaient beaucoup pour pas grand-chose et que le tout culminait dans un "message" qui aurait peut-être gagné soit à ne pas être assené du tout, soit à être pris comme point de départ pour un tel album hors-série et non comme conclusion, puisqu'avec une telle fin, tout reste à faire et à dire.
Enfin, j'ai été chagriné de voir le rôle très restreint dévolu à Blake, qui me paraît pâtir directement de ce que je regrettais dans le point précédent.

L'album reste une initiative louable qui ouvre la possibilité d'autres rencontres intéressantes. Il contient des planches magnifiques. Mais son scénario me laisse un goût de "trop léger" regrettable.
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