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Voyage au bout de la nuit - Céline

 
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Auteur Message
Outremer



Inscrit le: 26 Avr 2007
Messages: 825
Localisation: France

MessagePosté le: Lun Juin 18, 2007 3:40 pm    Sujet du message: Voyage au bout de la nuit - Céline Répondre en citant

Achevé en 1932, le Voyage de Louis-Ferdinand Céline n'est pas d'un optimisme rayonnant, c'est le moins qu'on puisse dire. Il suit le parcours de Ferdinand Bardamu (fortement inspiré de Céline lui-même) du début de la Grande Guerre au début des années 30.

Le livre peut se découper en plusieurs parties. Il y a d'abord la Première Guerre Mondiale elle-même ; puis un passage en Afrique coloniale ; il se rend aux Etats-Unis ; vers la moitié du bouquin, il revient finalement s'établir en France.

Le Voyage dénonce un certain nombre d'idéologies officielles. Il montre l'horreur et l'invraisemblance de la logique de guerre. Il montre la réalité des rapports engendrés par la colonisation : l'exploitation et le mépris. Il expose l'aliénation qu'engendre le fordisme. De façon plus générale et tout au long du livre, il dépeint un monde à deux vitesses, où les pauvres (il s'agit plus souvent de cas de précarité que de misère extrême) ne peuvent guère qu'envier tous les plaisirs réservés aux riches.

Ces dénonciations sont intéressantes (et audacieuses pour l'époque) mais elles ne constituent pas le véritable sujet du livre. Le véritable sujet, au fond, c'est celui qu'indique le titre : "le voyage au bout de la nuit". Aller au fond des choses, voir ce qu'est réellement la vie, au-delà de toutes les illusions. Autant dire tout de suite que la vision offerte par le Voyage est des plus nihilistes.

Vue par les yeux de Bardamu, la vie est sale, monotone, souvent absurde, pleine de laideur, empilant la peine et la douleur sur les gens, qui sont eux-mêmes mesquins, avides, étroits d'esprit, superficiels et infiniment égoïstes. La bonté est chose presque inexistante dans le Voyage (je ne vois guère que deux occasions où on y est réellement confronté).

Bardamu lui-même apparaît profondément lâche. Pas parce qu'il refuse d'aller se faire massacrer à la guerre au début du livre, mais par sa mollesse et son refus de la confrontation comme de l'engagement. Dans la plupart des cas, il fait le bien comme le mal par simple passivité. Totalement dénué d'ambition, il ne semble donner ni but ni objectif à sa vie. La plupart du temps, il se contente d'exister. Il fuit très souvent, laissant derrière lui les lieux et les gens. Cette fuite est en un sens une quête, celle du fameux "bout de la nuit". Malgré tous ses défauts, on ne peut pas haïr Bardamu et il est même difficile de vraiment le mépriser : sans nécessairement la partager, on saisit trop bien sa façon de voir les choses.

Un certain nombre de personnages secondaires apparaissent et disparaissent au fil du livre. Le plus important est Robinson, sorte de double de Bardamu, qui ne va cesser de croiser son chemin du début à la fin. Robinson suit son propre "voyage au bout de la nuit", qui n'est pas le même que celui de Bardamu mais qui suit au fond la même logique.

Dans le Voyage, la vie n'est donc que douleur et laideur, que les gens enrobent d'illusions pour pouvoir l'avaler. La quête du plaisir (essentiellement par le sexe) est la seule chose à laquelle Bardamu reconnaisse une valeur. Mais seuls les riches peuvent véritablement remplir leur vie de plaisir ; les pauvres restent le plus souvent avec leurs désirs inassouvis, qui les torturent un peu plus.
Le Voyage rejette les sentiments auxquels nous attachons (aussi bien à l'époque que maintenant) un prix essentiel. Bardamu entretient des relations parfois durables avec des personnages divers, mais ces liens sont presque toujours dépourvus d'affection et d'honnêteté. L'égoïsme des uns et des autres empêche l'apparition de sentiments d'amitié véritable. Même l'amour, dont notre société a fait le Graal de chacun, est en fin de compte rejeté. S'il apparaît possible à un stade du livre, il est plus tard présenté comme un sentiment convenu, superficiel et théâtralisé, une sorte de drogue à laquelle on a recours pour obtenir un peu d'extase.

Le Voyage au bout de la nuit est marquant, mais son message si peu exaltant suscite un désir de rejet. Passer sa vie à découvrir que rien dans la vie n'en vaut vraiment la peine n'est bien sûr pas une perspective très attractive ! Le Voyage contrarie notre désir de sens, de progression et d'accomplissement. Mais cela rend à mon avis d'autant plus intéressant le fait de se confronter à cette vision.

On ne peut bien sûr pas parler du Voyage sans évoquer le style si particulier. Par ses tournures, il évoque le langage parlé, mais conserve des mots recherchés et des expressions élégantes. Le résultat est surprenant au début, mais particulièrement efficace.

En-dehors des dénonciations que je mentionne ci-dessus, Céline n'exprime pas d'opinion politique. Il n'y a rien qui évoque l'antisémitisme dans le Voyage (mais était-il déjà antisémite à l'époque ?).
En revanche, dans l'édition que je possède figure une introduction de Céline rédigée en 1949, alors qu'il était attaqué et poursuivi en justice pour ses positions collaborationnistes et ses pamphlets contre les Juifs. Dans ces quelques lignes, Céline essaie de faire croire que c'est à cause du Voyage qu'on lui en veut, qu'il est innocent de tout, persécuté, etc. Il déploie beaucoup de verve, mais ces efforts pour s'exonérer apparaissent au fond assez grotesques, pour ne pas dire méprisables. Cela étant dit, cela n'enlève rien à la qualité de l'oeuvre qu'il avait achevé dix-sept ans plus tôt.
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Anonyme
Invité





MessagePosté le: Dim Aoû 19, 2007 8:04 am    Sujet du message: Répondre en citant

Voilà encore un roman qui va refaire surface dans les listes des romans à acheter pour le lycée.....
J'avais aimé lire Voyage au bout de la nuit, même si le personnage de Bardamu m'avait consternée à l'époque, et même si le style de Céline avait remis en question ma vision de la littérature...
Je crois d'ailleurs que c'est le style du roman qui avait fait scandale en 1932. Cette langue parlée si éloignée du roman traditionnel....
Pensez! On lisait Mauriac ou Gide en 1932...Alors passer de la langue de Mauriac à celle de Céline.... *Very Happy*
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Hank



Inscrit le: 02 Fév 2008
Messages: 5

MessagePosté le: Sam Fév 02, 2008 9:01 pm    Sujet du message: Répondre en citant

rien à ajouter à l'excellente analyse d'Outremer, on a visiblement la meme opinion sur ce classique de la littérature du XXeme siecle. Dommage que beaucoup de gens s'arrêtent sur la réputation que traine Céline en tant que pamphlétaire, basée de toutes façons sur des textes que peu de gens ont pu lire puisque censurés pour la plupart.
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myriade



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MessagePosté le: Jeu Fév 07, 2008 12:04 am    Sujet du message: Répondre en citant

Il me semble que la censure des pamphlets de Céline a été voulue
par l'auteur lui même.
En tout cas, on peut retrouver quelques extraits sur le web , en particulier sur wikipédia :

« Les juifs, racialement, sont des monstres, des hybrides, des loupés tiraillés qui doivent disparaître. […] Dans l’élevage humain, ce ne sont, tout bluff à part, que bâtards gangréneux, ravageurs, pourrisseurs. Le juif n’a jamais été persécuté par les aryens. Il s’est persécuté lui-même. Il est le damné des tiraillements de sa viande d’hybride. » (L’Ecole des cadavres, Paris, Denoël, 1938, p. 108).

Je crois que, comme Outremer, le terme méprisable est tout à fait justifié; Céline est un auteur que je ne souhaite pas lire: j'ai toujours des difficultés à apprécier l'oeuvre d'individus qui ont appprouvé un certain genre d'idéologie . De fait, le "voyage" s'est achevé pour pour quelques millions d"êtres humains dans une nuit aux relents de gaz et de cendres ; je crois que la réalité historique et le devoir de mémoire sont plus importants à enseigner en milieu scolaire qu'un intérêt purement abstrait pour une écriture, aussi novatrice soit elle.
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Turb
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MessagePosté le: Jeu Fév 07, 2008 10:52 am    Sujet du message: Répondre en citant

Censurer les oeuvres des écrivains pour leurs opinions n'est certainement pas une bonne chose. Dans ce cas, on ne devrait pas lire : Céline donc, Lovecraft (un raciste fini, une oeuvre ou transparait clairement un racisme maladif, et pourtant une oeuvre magnifique), Mauriac (si vous saviez ce qu'il avait dit sur Simone de Beauvoir et le féminisme), Gide (un pédophile), Vian (pour ceux qui ont lu j'irai cracher sur vos tombes...), Aragon (et ses poèmes appelant au meurtre "des médecins et des ingénieurs"), Sartre et Beauvoir (j'évite de lister), etc.

Le passif de Céline est chargé, mais le monde ne se sépare pas entre les gentils et les méchants, et la littérature pas du tout.
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En cours de lecture : Le Mythe de Sisyphe, d'Albert Camus
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Hank



Inscrit le: 02 Fév 2008
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MessagePosté le: Jeu Fév 07, 2008 4:17 pm    Sujet du message: Répondre en citant

"mais le monde ne se sépare pas entre les gentils et les méchants"

C'est tellement vrai, et pourtant si peu admis à en écouter certains (ou plutot beaucoup) *Rolling Eyes*

J'aurais meme envie de préciser "les gentils qui pensent comme moi" et "les méchants qui pensent différemment", car c'est bien de cela qu'il s'agit la plupart du temps.

On ne peut pas se mettre dans la peau d'un homme traumatisé par la 1ere guerre mondiale, qui voit une 2eme guerre se profiler, et qui plus est vit dans un climat où l'antisémitisme bat son plein en France et probablement partout en Europe. Ca prouve surtout que Céline, en dépit de son immense talent d'écrivain, n'était qu'un homme, avec ses faiblesses, comme tout un chacun. Un homme qui a peur est capable de bien des choses, et ces propos replacés dans leur contexte ne font pas nécessairement de lui un antisémite convaincu.
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albatrion



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Messages: 6

MessagePosté le: Ven Nov 14, 2008 12:14 am    Sujet du message: Répondre en citant

La vocation essentielle de la littérature étant de créer des univers parallèles, Céline est résolument un grand écrivain, sans aucune réserve. Le sien, d'univers, quoique l'on en pense, était nécessaire à la production d'une oeuvre. Notre époque produisant à flot continu de la moraline, à l'exclusion typique de la pornographie sur quoi on se rabat, est en cela écoeurante comme un sucre d'orge puisqu'un écrivain tel Destouches n'aurait aujourd'hui aucune chance d'être publié et finirait même en taule.
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aurele



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Messages: 278

MessagePosté le: Ven Sep 13, 2013 6:01 pm    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai lu récemment ce roman qui me permet de découvrir le style célinien (même si le vrai début du développement de ce style se situe à ma connaissance à partir de Mort à crédit). Ce livre a été un coup de coeur malgré sa dureté. Un personnage comme Robinson est intéressant. Ce qui est bien, c'est que l'on est pas toujours au même endroit, qu'il arrive diverses péripéties aux personnages dont le narrateur. Le style de l'auteur est ce qui m'a le plus emballé. Assurément, un grand écrivain du XXe siècle. Je lirai d'autres livres, notamment Mort à crédit.
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silvergnak



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MessagePosté le: Dim Sep 15, 2013 9:04 am    Sujet du message: Répondre en citant

Finalement lu il n'y a pas très longtemps, je l'ai trouvé extraordinaire, tout à fait à la hauteur de sa réputation. Le style en effet est frappant, ce que j'ai trouvé étonnant est que Céline n'introduit pas tant de terme d'argot que ca, mais avec ces quelques mots audacieux, un usage particulier de la ponctuation, et une grande précision il crée quelque chose de très original et éloigné de l'écriture classique.

Sur le fond, c'est bien un voyage, à la fois à travers les lieux et les expériences les plus différentes de cette époque (modernisme, guerre, colonialisme, ...). C'est aussi un voyage dans les recoins de l'âme humaine, qui montre une vision très très sombre de la nature humaine. En fait avec des conceptions aussi nihilistes, il n'est pas complètement étonnant que l'auteur soit tombé plus tard dans une idéologie mortifère. Mais bon, ca reste un lien abstrait qu'on peut faire après-coup, il n'y a pas d'opinions politiques extrémistes exprimées dans le Voyage.

Et donc, Mort à crédit fait aussi partie de mes envies maintenant.
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Jaipadepseudo
Barbatruc


Inscrit le: 17 Oct 2007
Messages: 3012

MessagePosté le: Dim Sep 15, 2013 8:58 pm    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai lu la très belle édition illustrée par Tardi. Je me suis ennuyée très rapidement, j'ai abandonné au bout de 150 pages...déçu.
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Antoine V



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Messages: 2
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MessagePosté le: Mer Juil 02, 2014 5:58 pm    Sujet du message: Répondre en citant

J'ai noté un leitmotiv dans ce livre, celui des "becs de gaz" qu'on retrouve un partout disséminés dans tout le bouquin, mais je n'ai pas compris sa signification. Quelqu'un peut m'éclairer ? :-/
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Hoël
Pygmalion


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Messages: 2462
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MessagePosté le: Mer Juil 02, 2014 10:09 pm    Sujet du message: Répondre en citant

Bon , deux fois "à la folie" le même jour , je me ramollis !

Pour "becs de gaz" , cherche les contrepèteries possibles , je me souviens d'une dictée de brevet avec un texte extrait du Voyage où j'ai dû dicter "Le coin du pont était devenu tout rouge" je m'en suis étranglé de rire et mon collègue qui surveillait , également amateur de ce genre de bêtise était hilare... les élèves nous regardaient avec consternation...
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Turb
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MessagePosté le: Lun Juil 07, 2014 10:42 am    Sujet du message: Répondre en citant

Plus prosaïquement : https://fr.wikipedia.org/wiki/Bec_de_gaz
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En cours de lecture : Le Mythe de Sisyphe, d'Albert Camus
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